1000 ans d'histoire

Montauban, fière cité de briques

Fondée il y a près de 10 siècles au bord du Tarn, la cité médiévale à vocation marchande et militaire s’est transformée peu à peu pour devenir après les Guerres de Religion une ville à l’industrie florissante arborant de belles façades de briques. Fière cité au passé tumultueux, Montauban est aussi le berceau d’Olympe de Gouges, d’Ingres et de Bourdelle.

Une réussite rapide

L’histoire de Montauban débute en 1144. Cette année-là, le comte de Toulouse, Alphonse Jourdain, décide de créer une ville nouvelle au nord de son territoire, sur un promontoire rocheux surplombant le Tarn. Il souhaite établir un verrou stratégique à la frontière avec son puissant voisin qu’est le roi de France, mais aussi fonder une ville commerçante dont il tirera des revenus.

Malgré la succession de difficultés (condamnation pour hérésie cathare, rattachement au royaume de France en 1271, grande Peste, occupation anglaise durant la guerre de Cent Ans de 1361 à 1369), Montauban connait un développement rapide. Organisée autour d’une vaste place de marché, protégée par des murailles de briques, la ville tire profit des importants privilèges commerciaux et fiscaux qui lui donnent sa charte de fondation, mais aussi de sa position au carrefour de routes commerciales et en bordure du Tarn, par lequel ses marchands gagnent les ports de l’Atlantique. Dès la fin du 13e siècle, la ville déborde ainsi largement de ses murs, entrainant le développement de faubourgs de l’autre côté de ses fortifications. De cette époque subsistent le pont Vieux, la salle du Prince Noir (musée Ingres) mais aussi la façade de l’église Saint-Jacques.

« Sœur » de La Rochelle

Adoptant dès le milieu du 16e siècle les idées de la Réforme protestante, Montauban fait irruption sur la scène nationale durant les Guerres de Religion en devenant la capitale du parti huguenot au côté de La Rochelle. Le clocher de l’église Saint-Jacques, un temps transformée en position fortifiée, porte encore aujourd’hui les stigmates du siège mené en vain par Louis XIII en 1621. Après sa reddition en 1629, Montauban devient une capitale régionale avec le transfert massif d’administrations royales.

 Aux 17e et 18e siècles, Montauban se modernise et s’embellit, sous l’action conjointe des évêques et des intendants successifs. Le paysage urbain se transforme, avec la construction de la cathédrale, du palais épiscopal, du collège des Jésuites ainsi que de nombreux hôtels particuliers dissimulés derrière de sobres façades. Montauban connait alors une grande prospérité, exportant notamment de célèbres draps de laine appelés cadis.

Ombres et lumières sur le 19e siècle

La Révolution française sonne le glas de cette riche période au cours de laquelle Montauban franchit le seuil des 28 000 habitants, l’établissant comme la 3e ville du sud-ouest. Bien que cité natale d’Olympe de Gouges, auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Montauban se révèle peu favorable aux thèses révolutionnaires. La  décision de l’Etat de reléguer la ville au rang de simple chef-lieu de district du département du Lot nouvelle créé, qui s’ajoute à une grave crise industrielle, entérine le début du déclin économique de la cité. Ni la création du Tarn-et-Garonne par Napoléon en 1808, dont elle devient la préfecture, ni l’ouverture du canal de Montech (1848) ou l’arrivée du chemin de fer (1856) ne permettront de stopper la crise.

Malgré les difficultés économiques qu’elle traverse, la ville connaît cependant une intense activité intellectuelle. La bonne société se réunit régulièrement lors des sessions de l’Académie ou de la Société archéologique et le théâtre ne désemplit pas, à tel point qu’il faut l’agrandir au milieu du 19e siècle. Un premier musée des beaux-arts voit le jour, bientôt suivi d’un second consacré aux sciences

naturelles. Les trajectoires illustres du peintre Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) et du sculpteur Antoine Bourdelle (1861-1929), tous deux natifs de Montauban, témoignent de l’effervescence qui règne alors.

Le renouveau du 20e siècle

Au début du 20e siècle, Montauban s’est quelque peu endormie. La grande crue de 1930, qui détruit une grande partie des quartiers bas bordant le Tarn, traumatise la ville, qui s’étendra dorénavant en direction des terres hautes du nord et de l’est, non inondables. A la faveur des reconstructions, Montauban se dote de nouvelles infrastructures (marché couvert, bains douches, club nautique, maison du peuple), tandis que l’emploi du béton armé et le courant art déco introduisent un vocabulaire architectural moderne, notamment dans le quartier de Villebourbon.

Abritant de nombreux exilés italiens et espagnols voulant échapper à la montée du fascisme ou à la guerre civile, puis des réfugiés fuyant l’avancée allemande durant la Seconde Guerre mondiale, Montauban est une terre d’accueil. Après-guerre, ce mouvement continue avec le redémarrage de l’économie locale : l’exode rural, l’arrivée massive des rapatriés d’Algérie et de travailleurs étrangers venant renforcer les secteurs du bâtiment et de l’agriculture provoquent une forte augmentation de la population.

De nombreux quartiers résidentiels émergent alors, privilégiant pour la plupart la maison individuelle établie sur jardin. Cette ceinture verte et les nombreuses exploitations agricoles qui s’étendent aux portes de la ville assimilent souvent Montauban à une ville à la campagne. Celle-ci n’en oublie cependant pas de préserver son riche patrimoine urbain et de moderniser ses services, afin de préserver un cadre de vie de qualité.